L'autre jour, j'ai trouvé je ne sais où une photographie qui m'a bien plue. J'aurais pu la placer là, comme ça, et puis rien d'autre, mais ça aurait été beaucoup trop léger à mon goût. Du coup, il a fallu que je trouve quelque-chose à raconter comme prétexte pour la montrer. Et ça tombe à point : j'ai encore un peu de matière sous les doigts et dans l'esprit qui s'y prête bien.

Portrait de Lucile Bienvenu

Lucile : Tu savais que les proportions du corps des poupées Barbies ont été calculée pour être celles les plus désirables par les hommes ?[1]

Portrait de Benjamin Lannoy

Benjamin : Dommage que tu n'étais pas encore née à l'époque : ils auraient pu se contenter de te copier, et le résultat aurait été plus réussi.

Oui, je sais : c'était facile.

Et c'est sur ces mots que nous sommes engagés sur le chemin qui mène au bloc erratique qui se trouve à quelques centaines de mètres au dessus de chez moi. Bras dessus bras dessous quand le chemin se fait assez large, et l'un derrière l'autre quand il se fait plus étroit. Des petits bouts de nos vies parsèment tranquillement nos lèvres vers les oreilles attentives de l'autre. Il fait encore bon dans les bois, en ce début de soirée. Cette soirée d'un automne qui nous arrive froid et droit dessus. Et ferait-il même froid que je crois que nous ne le sentirions pas. Il y a juste entre nous cette douce chaleur de simple affection, dont nous connaissons la solidité pour l'avoir violemment mise à l'épreuve, tour à tour, avec nos bêtises respectives.

Pas après pas, feuille foulée après terre foulée, mot après mot, nous arrivons au sommet de cette coline qui surplombe la ville, et d'où nos regards peuvent embrasser la vallée sur des dizaines de kilomètres. Le soleil commence à se faire rose et rasant, tirant droit vers nous depuis la montagne de Charance, tandis que nous sortons d'entre les derniers arbres.

Nous nous asseyons dans les hautes herbes jaunissantes, encore chaudes de la journée écoulée. Elle croise les jambes. Je m'allonge, et pose ma tête en travers d'une de ses cuisses. Nos mots se sont peu à peu tarits d'eux-même. Que faire ? Elle ouvre son sac, et en sort un livre. C'est celui que je lui ai offert pour son anniversaire. Un exemplaire de « Ce qui trouble Lola », de Françoise Simpère, qui a pris la peine de me le dédicacer par courrier pour l'occasion[2].

De la littérature érotique à se lire au côté d'un bloc erratique : après-tout, que trouver de mieux ? Et nos esprits errent ainsi au rythme des souvenirs partagés, à côté de cette pierre immense qui n'erre plus depuis longtemps. Et qui se fout de nous.

J'ai droit à la sage lecture de deux historiettes, avant que le soleil ne finisse de se cacher derrière la montagne. Le vent forcit. Le froid tombe. Il est temps de nous en aller.

La prochaine fois, ce sera moi qui lui ferais la lecture. J'entamerais le chapitre suivant des « Aveux infidèles », de Jacques de Bourbon Busset. Un livre certes sans érotisme mais providentiellement tombé du ciel, et au moins aussi bien dédicacé sur un petit post-it jaune que je garde précieusement.

Photographie d'un couple nu qui s'embrasse

Notes

[1] Vérification faite, c'est inexact, mais peu importe.

[2] J'ai un peu mangé en sa compagnie à Paris, quelques semaines après.