Cela fait maintenant sept ou huit ans que j'en ai marre de voir tant de gens se croire « attentifs à l'environnement » parce-qu'ils trient leurs déchets, allant même jusqu'à s'offusquer quand on leur avoue qu'on ne le fait pas.

Quoooiiii ?! Mais commeeennnt ?! Tu ne tries pas tes déchets ?!

Je ne caricature qu'à peine ce que j'ai déjà entendu à plusieurs reprises.

Cela m'afflige par le manque de réflexion en amont que ce genre de remarque suppose.

Plusieurs points :

  • Coût énergétique global. Le coût énergétique du recyclage d'un matériau (en particulier le verre) est souvent supérieur au coût énergétique nécessaire à sa production. Qui dit utilisation d'énergie dit impact sur le système : plus grande est l'énergie dégagée, plus importante est la modification du système. Ainsi, à terme et d'un point de vue global, le recyclage influe plus sur le système que les décharges (qui elles ont plus d'impacts de manière très localisée, certes). Le seul gain est une apparence de propreté (on peut être sain sans être propre, et inversement).
  • Contre-productivité. La promotion du tri des déchets nuit à deux autres approches plus efficaces et systémiques :
    • La réutilisation des déchets (qui n'en sont d'ailleurs plus dès lors qu'ils sont utilisés). Par exemple, l'utilisation d'une bouteille de verre est potentiellement quasiment illimitée. La consigne, qui n'existe plus en France depuis bientôt vingt ans était une méthode efficace d'incitation à la réutilisation. Les sacs et sachets de toile ou les boîtes métalliques, malgré un impact individuel plus important à un instant donné, sont aussi tellement aisément et longtemps réutilisables que leur durée de vie compense largement cet impact. Mais c'est tellement plus facile de se débarasser d'une boîte en carton à peine utilisée que de nettoyer une boîte métallique, n'est-ce pas ?
    • Limitation des achats. Par son côté facile et déculpabilisant, le tri des déchets permet d'éviter de penser le problème à sa source : l'abus d'emballages. L'achat d'un excès de produits suremballés est compensé par l'idée que celui-ci sera compensé après coup. Non seulement cela est inexact, comme dit plus haut, mais en plus il n'est pas intellectuellement satisfaisant : il permet de rester dans la réparation des erreurs plutôt que dans leur évitement.
  • Coût des externalités. Le tri et le recyclage ont tout simplement un coût financier qui pourrait être évité s'il y avait un travail de rationalisation des emballages et des achats effectué en amont. De plus, ces tâches de tri et de recyclage sont souvent effectués par des acteurs privés essentiellement financés par des recettes publiques, avec les inconvénients que l'ont connaît : ce qui compte n'est pas la qualité du boulot, mais les bénéfices qu'il y aura moyen d'en tirer. Ainsi, le coût d'un acte inefficace et même contre-productif se retrouve à la charge de tous pour l'unique bénéfice pécunier de quelques-uns.

Homme tout content de faire de l'écologie car il trie ses déchets

« Salut, je suis un bon éco-citoyen, car je trie mes déchets. D'ailleurs comme je crois que mes déchets auront ainsi moins d'impact sur l'environnement, je me permets maintenant de ne plus faire autant attention à la quantité d'emballages que j'achète. En somme, je trie plus pour acheter plus et moins bien. »

Source annexe : Suren Erkman, « Vers une écologie industrielle », Paris, Leopold Mayer, 2004.