Entre-temps, il faut que je parle de mon troisième cauchemar. Il explique une partie de mes faiblesses.
C'est un truc qu'on trouve sur tous les planisphères, ça s'appelle l'Afrique.
Historiquement, c'est le berceau de l'humanté, mais quelqu'un a dû trop le secouer, ce qu'il en reste tient dans un funérarium. ne précision : je suis en colère et 'ai la colère cynique, mais à l'époque j'étais plutôt atterré, malade, incrédule, écrasé. mon truc à moi (je me répète sûrement) c'est les chiffres, les statistiques, les données… Bon sang ! Ouvrez une encyclopédie géopolotique et, si vous avez quelque chose dans le ventre, vous le vomirez.
On va pardonner la Renaissance et la Révolution industrielle, donc l'esclavage (l'Europe s'est autopardonnée dix minutes après avoir décrété que c'était fini, que tout ça c'était du passé, que plus jamais de navires négriers), donc on pardonne parce que, sauf déviation sociale, ces siècles n'ont jamais prétendu à l'humanisme. Après, on passe directement au XXème. je suis sûr que cela vous dit quelque chose.
Le truc est simple : vous prenez de sesclaves, vous les transformez en main d'œuvre bon marché là où le sol recèle quelque minerai, vous extrayez les métaux nobles et précieux, le charbon et le pétrole (là où la terre ne vaut rien, vous laissez faire), puis vous décolonisez et vous installez une poignée de dictateurs de paille, surtout aux endroits stratégiques. Normalement, à partir de là, vous n'êtes plus responsable de rien, mais les artistent poussent, les médias poussent et le bon peuple s'émeut, donc vous patronnez des Spécialistes Sans Frontière, vous envoyez du lait en poudre dans le désert, des médicaments périmés, des 4 x 4 couverts d'autocollants publicitaires et des armes (ces dernières vous les vendez, faut pas déconner), l'astuce consistant à vendre pour plus cher d'armement qu'on ne donne d'aide humanitaire. Ainsi, après avoir surexploité, vous endettez, puis la générosité collective vous autorise à éponger les dettes. Pour être efficace, les plébiscite populaire qui suggère cet élan de simple humanité doit tomber à l'âge d'or d'un fléau terrible (une catastrophe sismique suffirait, mais un rétrovirus bien vicieux est plus performant, appelons le sida, par exemple).
— Chers amis du tiers-monde, c'est cadeau. Tous ces bienfaits miraculeux dont nous vous inondons depuis toujours, nous vous les offrons. En échange, vous arrêtez de polluer et vous vous prenez en charge, comme des grands.
Eh oui, ça pollue, un pays qui se cherche une énergie pas chère, une économie viable et des industries rentables. Or, vous qui avez pollué pendant presque deux siècles pour atteindre au nirvana socio-économique, vous ne tenez pas à crever des déchets d'autrui. Vous vous réunissez avec les autres propriétaires (le tiers-monde n'est que locataireà et vous édictez des lois que vous faites respecter à grand renfort de pressions économiques, de menues guerres Nord/Sud et de renversements gouvernementaux bien orchestrés. De toute façon, penant ce temps, le sida travaille pour vous. J'ai trouvé un document de l'OMS, paraphé par l'ONU, qui déplore que le sida ait tué environ neuf cents millions de personnes en trente ans, et un autre qui rapporte que les pays industrialisés ont connus, dans la même période, vingt millions de décès imputables au VIH, citant par ailleurs une circulaire de l'Unesco qui affirme que les efforts des différents organismes humanitaires ont limité les pertes des pays en voie de développement à cent millions d'hommes, femmes et enfants. L'Afrique, l'Asie du Sud-Est et l'Amérique centrale se sont donc partagés et se partagent toujours le reste (soit sept cent quatre vingt millions de morts, si je sais compter !) d'un gâteau dont on ne recense plus les parts depuis qu'elles sont les seules concernées.
Et tout d'un coup survient le XXIème siècle. Premièrement, après quelques démocratisations foireuses s'apparentant aux guerres de religions sous prétexte de lutte contre le terrorisme, vous le décrétez Siècle de la Solidarité et vous solidarisez : les pays de L'est, nos amis méditérranéens et accessoirement nos amis latins, bref surtout ceux qui possèdent la bombe ou sont en passe de la construire. Deuxièmement, vous médiatisez vos transferts affectifs en commençant par distribuer gratuitement le drame écologique qui réchauffe l'atmosphère. Grave ça, très grave ! Et bientôt, tout le monde peut en ressentir les effets, la mobilisation est instantanée. L'effort humanitaire peut se concentrer sur la vente des industries modernes aux pays en voie de développement et la subvention de tous ceux qui auraient les moyens de polluer mais qui ne le font pas.
Déjà, à ce moment, l'Afrique n'existe plus, sinon avec des suffixes : « du Nord » ou « du Sud », le reste peut dormir en paix, on l'a oublié.
Ayerdhal : Demain, une oasis
Il y a quelques années, j'avais, sur mon ancien blog fait un petit article sur « Demain, une oasis », un bon roman d'Ayerdhal. J'ai relu très récemment ce livre. Pour la troisième fois, moi qui lit rarement deux fois la même chose. Comme il me touche toujours autant, j'ai décidé de recopier une nouvelle fois un de ses extraits les plus marquants.
Résumé du livre en quelques mots. Dans quelques dizaines d'années, un médecin travaille pour l'Organisation Mondiale pour l'Expansion Spatiale (OMES), où sa carrière l'a confiné dans des bureaux. Il se fait un jour enlever en pleine rue par une bande de terroristes armés. À son réveil, il se retrouve prisonnier dans une oasis en plein désert. Bon gré mal gré, il y est obligé de s'occuper des soins des habitants du village. À cette occasion, il prend conscience de l'état d'abandon d'une Afrique abandonnée à elle-même, alors que les pays dits « dévelloppés » ne s'occupent plus que d'une future colonisation de l'espace.
NB : Je prête ce livre à qui veut. Faites en moi la demande. Il est déjà passé entre une dizaine de paires de mains, mais est toujours en bon état. Et un livre qui n'est pas lu, c'est triste.
@Ayerdhal : Si tu passes un jour dans le coin… Juste, ça me fait plaisir. J'espère que ça ne t'embête pas que j'ai recopié un bout de bouquin dans mon coin. Sinon dis-le, et j'enlève ça de suite.
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Commentaires
D'ailleurs on peut signaler que cette édition est réactualiser par rapport à sa première version de 1992-1993.
SzamchaSur mon blog, quelques nouvelles de l'auteur.
A+
Héhé, merci… Je vois qu'on a la même passion pour la recherche de l'Ayerdhal, et qu'on se source aux même endroits.
Benjamin LannoyMerci à toi on partage l'amour de ces mots moi g fait un copie collé sur mon my space dit moi si ca te dérange...c tellement bon de faire circuler l'info. Et merci Yal pour ses magnifiques ecrits.
kaiaOui, j'aime bien les mots d'Ayerdhal. :)
Par contre, ce n'est pas à moi qu'il faut demander si cela me dérange que tu recopies les mots du Yal, mais plutôt à lui (mais si je devais donner mon avis, je dirais que j'en suis très content).
Benjamin Lannoy