Poèmes

Entre leurs mots | Commentaires : 2

Entre une discussion avec Lucile et Mathilde, ainsi que quelques lignes lues chez Usure Pas Triste, j’ai eu envie d’envoyer ce petit bout de texte de Charles Baudelaire : « L’amour du mensonge ».

Portrait de Charles Baudelaire, par Gustave Courbet

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Le dormeur du hall | Commentaires : 0

J'aime bien le principe de la reprise de ce poème d'Arthur Rimbaud par Voltène Sue. Je crois qu'il y aurait eu moyen de faire un peu mieux (moins recopié ?), mais ça vaut déjà le détour.

Voltène Sue - Le dormeur du hall

C'est un trou qui perdure à faire des courants d'air,
Qui vous gêne et vous peine, et vous troue vos haillons
D'agents ou de vigiles, par là ne passent guère,
C'est pour ça que le soir, il y met ses cartons.

Un clochard, jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque appuyée sur un sac bien miteux,
Dort. Il est étendu part terre, abattu,
Pâle dans cet hiver où tous les jours il pleut.

Sur son barda, il dort. souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Métro, berce le chaudement : il a froid.

Les odeurs ne font pas frissonner sa narine ;
Il est mort sans soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux bouteilles de rouge au côté droit.

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Je me tente au haïku | Commentaires : 0

Photographie d'une caresse à la plumeSentir la soie,
Ce peu de peau,
Frisson sous mes doigts.

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Poème du mois #5 | Commentaires : 0

Tes yeux sont si profonds qu'en me penchant pour boire
J'ai vu tous les soleils y venir se mirer
S'y jeter à mourir tous les désespérés
Tes yeux sont si profonds que j'y perds la mémoire

À l'ombre des oiseaux c'est l'océan troublé
Puis le beau temps soudain se lève et tes yeux changent
L'été taille la nue au tablier des anges
Le ciel n'est jamais bleu comme il l'est sur les blés

Les vents chassent en vain les chagrins de l'azur
Tes yeux plus clairs que lui lorsqu'une larme y luit
Tes yeux rendent jaloux le ciel d'après la pluie
Le verre n'est jamais si bleu qu'à sa brisure

Mère des Sept douleurs ô lumière mouillée
Sept glaives ont percé le prisme des couleurs
Le jour est plus poignant qui point entre les pleurs
L'iris troué de noir plus bleu d'être endeuillé

Tes yeux dans le malheur ouvrent la double brèche
Par où se reproduit le miracle des Rois
Lorsque le cœur battant ils virent tous les trois
Le manteau de Marie accroché dans la crèche

Une bouche suffit au mois de Mai des mots
Pour toutes les chansons et pour tous les hélas
Trop peu d'un firmament pour des millions d'astres
Il leur fallait tes yeux et leurs secrets gémeaux

L'enfant accaparé par les belles images
Écarquille les siens moins démesurément
Quand tu fais les grands yeux je ne sais si tu mens
On dirait que l'averse ouvre des fleurs sauvages

Cachent-ils des éclairs dans cette lavande où
Des insectes défont leurs amours violentes
Je suis pris au filet des étoiles filantes
Comme un marin qui meurt en mer en plein mois d'août

J'ai retiré ce radium de la pechblende
Et j'ai brûlé mes doigts à ce feu défendu
Ô paradis cent fois retrouvé reperdu
Tes yeux sont mon Pérou ma Golconde mes Indes

Il advint qu'un beau soir l'univers se brisa
Sur des récifs que les naufrageurs enflammèrent
Moi je voyais briller au-dessus de la mer
Les yeux d'Elsa les yeux d'Elsa les yeux d'Elsa

Louis Aragon in Les yeux d'Elsa

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Poème du mois #4 | Commentaires : 0

Oh ! comme c'est joli, la première gelée !
La vitre, par le froid du dehors flagellée,
Étincelle, au dedans, de cristaux délicats,
Et papillotte sous la nacre des micas
Dont le dessin fleurit en volutes d'acanthe.
Les arbres sont vêtus d'une faille craquante.
Le ciel a la pâleur fine des vieux argents.

Voici venir l'Hiver, tueur des pauvres gens.

Jean Richepin, in « La chanson des gueux » (extrait)

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Poème du mois #2 | Commentaires : 2

Je suis pauvre, je n'ai plus que mes rêves.
J'ai déroulé mes rêves sous tes pieds.
Marche doucement,
Parce que tu marches sur mes rêves…

William Butler Yeats

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Lettre à Elle #1 | Commentaires : 0

Je n'aurais jamais les mots d'un Victor Hugo.
Mais ce besoin d'alligner ces quelques mots,
Je le sens bien trop fort, là, vraiment au fond de moi
Pour ne pas l'y retenir encore un mois.

Le « vous » est un fantasme de plus d'un instant ? Bien.
Ici, le « tu » ne s'accrochera plus à rien.
Vous l'aimez déjà, n'est-il pas, ce « vous » qui sonne,
Là, à votre oreille, et doucement y résonne.

Il y tonne, s'éclaire, s'illumine, car vous savez.
Vous savez déjà ce qui depuis longtemps
N'aurait plus, encore une fois, à vous être conté.
Mais mon envie est toujours là ; j'en suis content.

« Je vous aime ! ». Non bien-sûr. Ce serait trop simple.
Votre raison le sait. Le cœur il me faut toucher.
Bien des heures, jai passé à vous contempler,
Et s'il le faut j'y passerais le quintuple.

Et moi qui n'aime pas user ces mots absolus,
Je les emploierais tout autant que ce « vous ».
Ce « vous » où nous sacrifierons ce « tu ».
« Tu » ne sera rien. L'éternité sera « vous ».

Avant, cet autre a dit « Je respire où tu palpites ».
Et c'est vrai ! Contre ces impulsions de votre vie,
Un grand souffle en moi soudain se précipite,
Et mon propre cœur se met à battre à l'envi.

Vous le savez bien. Vous l'avez déjà senti.
L'avez-vous oublié ? Pourquoi le négliger ?
Les réponses que j'ai trouvées m'ont bien affligées.
Mais au fond qu'importe ? J'y ai déjà consenti.

S'il le faut, je serais ce héros de Rostand,
À l'amour exemplaire, et si peu partagé.
Et peut-être, un jour, si vous le permettez,
Ensemble, nous réenchanteront ce sentiment.

Ce soir de septembre, vous l'avez dit, il est là.
Juste tapi à l'ombre de la porte, il attend.
Il attend le moment où on la lui ouvrira.
Et je veux le croire, ce n'est qu'une question de temps.

S'il faut que vous alliez et viviez pour devenir,
Cela sera. J'en serais même heureux pour moi.
Car vous ne pourrez m'apporter que plus d'émois,
De tous ces petits plus que vous allez acquérir.

Et si pour le moment votre cœur est à d'autres,
Je serais auprès de vous cet ami fidèle,
Qui châtie bien car il aime bien et est tout votre.
Fier je serais de cette affection faite citadelle.

« Un seul remède à l'amour : aimer davantage. »
Cette phrase de Thoreau, j'en ferais un vrai credo.
L'affection reçue aura plus d'1 pour albedo.
Là j'ai un problème, il me manque une rime en « age ».

Ce poème n'a pas la qualité espérée ?
Peut-être. Mais vous ne pourrez me faire ce reproche :
N'accepter que la raison ou toute la refuser,
Ni de ne pas avoir la poésie pour accroche.

Bon, les pointilleux auront remarqué que les vers sont parfois approximatifs et que le piétage n'est pas toujours le bon, mais pour une première fois et en deux brèves séances d'écriture, je suis assez satisfait de moi.

Et oui comme j'ai été mis au défi de faire mieux, le « #1 » signifie qu'il y en aura probablement d'autres du même genre.

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Poème du mois #1 | Commentaires : 0

Oh ! qui que vous soyez, jeune ou vieux, riche ou sage,
Si jamais vous n'avez épié le passage,
Le soir, d'un pas léger, d'un pas mélodieux,
D'un voile blanc qui glisse et fuit dans les ténèbres,
Et, comme un météore au sein des nuits funèbres,
Vous laisse dans le cœur un sillon radieux ;

Si vous ne connaissez que pour l'entendre dire
Au poète amoureux qui chante et qui soupire,
Ce suprême bonheur qui fait nos jours dorés,
De posséder un cœur sans réserve et sans voiles,
De n'avoir pour flambeaux, de n'avoir pour étoiles,
De n'avoir pour soleils que deux yeux adorés ;

Si vous n'avez jamais attendu, morne et sombre,
Sous les vitres d'un bal qui rayonne dans l'ombre,
L'heure où pour le départ les portes s'ouvriront,
Pour voir votre beauté, comme un éclair qui brille,
Rose avec des yeux bleus et toute jeune fille,
Passer dans la lumière avec des fleurs au front ;

Si vous n'avez jamais senti la frénésie
De voir la main qu'on veut par d'autres mains choisie,
De voir le cœur aimé battre sur d'autres cœurs ;
Si vous n'avez jamais vu d'un œil de colère
La valse impure, au vol lascif et circulaire,
Effeuiller en courant les femmes et les fleurs ;

Si jamais vous n'avez descendu les collines,
Le cœur tout débordant d'émotions divines ;
Si jamais vous n'avez le soir, sous les tilleuls,
Tandis qu'au ciel luisaient des étoiles sans nombre,
Aspiré, couple heureux, la volupté de l'ombre,
Cachés, et vous parlant tout bas, quoique tout seuls ;

Si jamais une main n'a fait trembler la vôtre ;
Si jamais ce seul mot qu'on dit l'un après l'autre,
JE T'AIME ! n'a rempli votre âme tout un jour ;
Si jamais vous n'avez pris en pitié les trônes
En songeant qu'on cherchait les sceptres, les couronnes,
Et la gloire, et l'empire, et qu'on avait l'amour !

La nuit, quand la veilleuse agonise dans l'urne,
Quand Paris, enfoui sous la brume nocturne
Avec la tour saxonne et l'église des Goths,
Laisse sans les compter passer les heures noires
Qui, douze fois, semant les rêves illusoires,
S'envolent des clochers par groupes inégaux ;

Si jamais vous n'avez, à l'heure où tout sommeille,
Tandis qu'elle dormait, oublieuse et vermeille,
Pleuré comme un enfant à force de souffrir,
Crié cent fois son nom du soir jusqu'à l'aurore,
Et cru qu'elle viendrait en l'appelant encore,
Et maudit votre mère, et désiré mourir ;

Si jamais vous n'avez senti que d'une femme
Le regard dans votre âme allumait une autre âme,
Que vous étiez charmé, qu'un ciel s'était ouvert,
Et que pour cette enfant, qui de vos pleurs se joue,
Il vous serait bien doux d'expirer sur la roue ; …
Vous n'avez point aimé, vous n'avez point souffert !

Victor Hugo, in « Les feuilles d'automne »

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