Se lever au petit matin avec une forme inhabituelle.
Faire de l'auto-stop en compagnie d'une jolie fille.
Regarder la lumière du matin dans les couleurs des feuilles d'automne.
Encore une fois, croiser des personnes vers qui on ne prendrait pas la peine d'aller sans ça.
À la gare, retrouver une autre jolie fille qui fait battre mon cœur, frissonner ma peau, et parfois raidir un peu de mon anatomie.
Traverser à pieds une ville moche, avec une allure bohème.
Sentir encore une journée chaude en ce presque début d'hiver, et se mettre en T-shirt.
Faire de l'auto-stop avec deux jolies filles.
Regarder la lumière de l'après-midi dans les couleurs des feuilles d'automne.
Faire venir un type bien pour nous tirer d'une petite galère auto-stopique sur les trente derniers kilomètres.
Se sentir bien accueilli dans une vieille maison cévenole plus ou moins retapée.
S'installer dans deux lits deux places, dans un atelier avec tous ses outils.
À l'horizontale, avoir une certaine fille dans les bras pour la première fois depuis neuf mois.
Se sentir indispensable pour lui réchauffer le nez avec mes lèvres, tandis qu'elle s'endort.
Se réveiller le matin avec un bout de cafard coincé entre deux bribes de rêve, et le faire disparaître en rapprochant un peu deux corps.
Faire une petite balade dans les bois, ramasser des châtaignes souvenir, et jeter des poignées de glands en l'air.
Aller ensemble chercher une troisième jolie fille tout juste arrivée en train pour nous rejoindre.
Écouter un groupe de folles chantantes à l'arrière de la camionnette.
Découvrir une nouvelle boisson : la kombucha.
Atterrir à Grizac deux heures avant le coucher du soleil, et y installer une table face à un magnifique paysage de crépuscule automnal.
Y découper des kilos de courges et de pommes de terre pour un concours de soupe, avec un petit groupe d'inconnus qui ne le sont bientôt plus.
Boire encore de la kombucha, les doigts rougis par le jus des courges.
Songer, mais pas plus, à mettre des champignons hallucinogènes dans la soupe.
Sentir des mains froides se glisser sous mes vêtements pour se réchauffer.
Regarder ma mie se balancer sur le trapèze suspendu au tilleul, au dessus de nous.
Le soleil couché, sur la route, dans une voiture sans chauffage, se réchauffer les pieds contre la soupière.
Avoir faim en regardant des vacanciers manger des quantités de saucisses et de viandes en tous genres.
Boire de la soupe au pain d'épice et au bleu des causses.
Prendre un chocolat chaud dans un mauvais bar, à côté de gars trop braillards.
Rentrer dormir en conduisant la voiture de notre hôte, sec de s'être trop humecté le gosier.
Tenter de nous faire la lecture, mais nous endormir après cinq pages.
Le lendemain, marcher quelques kilomètres pour rejoindre un bord de nationale ou faire de l'auto-stop.
Jouer à nous faire deviner à qui on pense.
Faire de l'auto-stop avec trois jolies filles.
Regarder la lumière du midi dans les couleurs des feuilles d'automne.
S'asseoir à l'arrière d'une camionnette aménagée, et en refermer un placard à chaque virage.
Se balader dans les rues de la ville.

S'asseoir au haut d'un muret, et regarder la fanfare défiler à nos pieds.
Regarder une troupe de théâtre de rue nous interpréter avec brio « La noce », d'Anton Tchekov.
Voir le trio d'allumées du ciboulot qui m'accompagne s'enthousiasmer sur un type en habit de marin qu'elles sont ensuite incapables de reconnaître dans la foule.
Regarder juste un instant les gens qui passent.
Avoir le cœur qui se serre un petit peu, puis repartir.
Rencontrer par hasard des éclaireurs et des louveteaux dont je m'occupe, à plus de deux-cent kilomètres de chez nous.
Entendre leur père dire qu'il n'a jamais vu une telle concentration de baba-cools depuis plus de vingt ans.
Se dire que ce festival a en effet un peu des airs de Woodstock de la soupe.
Regarder la quinzaine de stands du concours de soupe, folklorisés de manières très diverses : la soupe des galères, la soupe d'italie, plus belle la soupe, la trash soupe, la soupe des farfadets (miam), la soupe de Brennus, etc.
Tenter de goûter un maximum de ces soupes, en trouver certaines bonnes et d'autres moins.
Tenter de ne pas renverser de soupe dans le chahut de la foule.
Prendre un peu de distance avec mes compagnes de virée en les laissant se retrouver entre elles dans une créperie.
S'asseoir sur une buche à côté d'un brasero au milieu de la place.
Décortiquer et faire cuire des châtaignes en compagnie de nouveaux inconnus, discuter avec eux.
Offrir ces châtaignes aux passants, qu'ils en demandent ou pas.
Terminer de se remplir l'estomac à grands renforts de pain, de saucisson et de cancoillote.
Continuer à discuter de la terre qui doit appartenir à ceux qui l'exploitent.
Écouter les filles qui m'accompagnent tergiverser sur une demande en mariage commune à un parfait inconnu.
Finalement, apporter à leur place cette demande de mariage à l'heureux élu, et l'échanger contre une cigarette pour l'une d'entre elle.
Rentrer dormir en conduisant la voiture de notre hôtesse, trop fatiguée d'avoir trop travaillé.
Se réveiller une fois de plus avec un rayon de soleil tombant droit sur les lits.
Faire de nouveau de l'auto-stop avec trois jolies filles.
Regarder la lumière du matin dans les couleurs des feuilles d'automne.
Les écouter parler art, littérature, et coût de la vie à Londres avec notre conductrice.
Arriver en ville trop tard, et constater qu'il n'y a plus de pain dans aucune des boulangeries.
S'agacer un peu en faisant les courses.
Regarder la ville en train d'être nettoyée et rangée de la fête de la veille.
S'asseoir sur les marches de l'ancienne prison pour pique-niquer tranquillement dans l'air fraîchissant.
Piquer des affiches et des panneaux du festival de la soupe.
Marcher sur la petite route qui mène au village où nous couchons.
Donner à ma muse le rôle du capitaine Haddock.
Regarder encore les forêts cévenoles en automne.

Aller ramasser quelques kilos de châtaignes.
Se faire masser.
Masser en s'écoutant lire la lettre de Franz Kafka à son père.
Regarder les filles préparer un fondant au chocolat et à la châtaigne, en continuant à écouter la lecture de Kafka.
Manger ce fondant.
Se coucher tôt, après une nouvelle lecture de Kafka.
Le lendemain, repartir en auto-stop à quatre.
Se faire brinqueballer à l'arrière d'une camionnette sans siège.
Se séparer en deux groupes à la gare.
Se faire ramasser par quatre artistes de cirque italiens.
Baragouiner un peu un italien rouillé, et vérifier à quel point je connais encore mes verbes irréguliers.
Arriver trois heures plus tôt que si le trajet avait été fait en train.
Arriver le soir, et sentir malgré tout l'absence de fatigue de ces quatre journées.
Si j'en oublie, rappelez-le moi. :)
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