3615 MyLife

Cascade | Commentaires : 0

Douche.
Retard.
SMS.
Anaïs.
Fontaine.
Marche.
Intermarché.
Ville.
Auto-stop.
Auto-stop.
Marche.
Raisin.
Pieds mouillés.
Marche.
Auto-stop.
Marche.
Rivière.
Pieds mouillés.
Raisin.
Pain.
Kiri.
Saucisson.
Lucile.
Faits divers.
Abeilles.
Pieds mouillés.
Jambes mouillées.
Torrent.
De rocher.
En rocher.
Sauter.
Tout mouillé.
Canyon.
Marmite.
Sauter.
Tout mouillé.
Crapaud.
Crapaud.
Pamela Anderson.
Soleil.
Papillon.
Pieds.
Glandouille.
Séchage.
Tête.
Ventre.
Pieds mouillés.
Bassin mouillé.
Sauter.
Tout mouillé.
Soleil.
De rocher.
En rocher.
Cascade.
Falaise.
Sauter.
Descendre.
Monter.
Soleil.
Boire.
Monter.
Frênes.
Boue.
Route.
Auto-stop.
Auto-bus.
Côme.
Anaïs.
Marche.
Bise.
Journée.
Charmé.
Signé.
Benjamin.

Photographie du canyon de Rabou

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Tellement l'instant | Commentaires : 0

En cet instant, je déborde tellement d’affection pour elle que…

… que je ne sais pas. Quelque-chose me transcende. Il y a de la frustration, indubitablement. De la solitude, même.

… et en même temps, la sensation de pouvoir tant donner d’amour à tant d’autres.

Mais pourquoi suis-je si sélectif dans mes attachements ?

Pourquoi laisser ainsi déborder la coupe de mes sentiments de tant de gouttes ?

Laissez-moi vous aimer aussi, nom de nom.

Et même pas en son nom à elle. En votre nom à vous.

Vos noms qu’elle ne me donne pas pour que je me donne mieux en vous.

Vous, inconnus, que j’aimerais à en déborder encore plus.

Et cet instant, cet instant que je ressens profondément…

… il ne durera pas. Il ne durera qu’un instant.

L’instant d’une éternité. L’éternité de l’instant de l’amour.

Dessin de Léo Ferré

La mer en vous comme un cadeau
Et dans vos vagues enveloppée
Tandis que de vos doigts glacés
Vous m’inventez sur un seul mot
O Ma Frégate des hauts-fonds
Petite frangine du mal
Remettez-vous de la passion
Venez que je vous fasse mal
Je vous dirai des mots d’amour
Des mots de rien de tous les jours
Les mots du pire et du meilleur
Et puis des mots venus d’ailleurs
Je vous dirai que je t’aimais
Tu me diras que vous m’aimez
Vous me ferez ce que tu peux
Je vous dirai ce que tu veux
Je vous dirai ce que tu veux

Je vous aime d’amour

Si t’as seize ans et des poussières
A nous deux ça fait des années
Que je prépare ma galère
A te ramer à t’affoler
Voilà que tu cherches ton bien
Dans les vitrines de ma nuit
Achète-moi je ne vaux rien
Puisque l’amour n’a pas de prix
Comme une louve sous son loup
Quand je vous ferai des petits
Vous banderez vos yeux jaloux
Avec un loup de satin gris
Tout comme est gris le jour qui va
Petite sœur écoutez-moi
Comme un bateau entre mes doigts
Vous coulerez je vous le dois
Vous coulerez je vous le dois

Je vous aime d’amour

Si la mort avait ton regard
Je meurs ce soir sans regarder
Et te demanderai ma part
Au bord du vide et des baisers
L’amour ça ne meurt que la nuit
Alors habille-toi en moi
Avec un peu de rouge aussi
J’aurai ta mort entre mes bras
Lorsque vous me mettrez en croix
Dans votre forêt bien apprise
Et que je boirai tout en bas
La sève tant et tant promise
Je vous engouffrerai de sang
Pendant que vous serez charmée
Et je vous donnerai l’enfant
Que vous n’avez jamais été
Que vous n’avez jamais été

Je vous aime d’amour

« L’amour fou », par Léo Ferré, in « Amour Anarchie »

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Putain de train, putain de moi | Commentaires : 3

Billet que l’on pourra aussi sous-titrer « Quand l’habitude du grand plaisir des rencontres éphémères prend hélas le pas sur l’envie de faire une rencontre plus durable ».

Hier, lundi. Je termine un week-end de réunion du côté d’Annecy. Pour revenir à Gap je prends le train, mais comme il fait beau je profite de la demi-heure de route qui me sépare de la gare pour faire un peu d’auto-stop. Les montagnes autour sont vertes, et il y a juste ce qu’il faut de courant d’air pour que la chaleur ne se fasse pas encore accablante.

L’état d’esprit est plus que bon, et la chance est toujours avec moi : il ne me faut attendre sur le bord de la route qu’une seule dizaine de minute. J’aime déjà cette journée.

« Train wheel », par Nrbelex

À la gare, je croise une fois de plus des québecois en virée européenne pour plusieurs mois. Un petit couple bien sympa avec qui j’aurais bien discuté plus longtemps s’ils n’avaient pas du courir à leur car à peine leurs billets achetés. Rien ne me manque : cet éclair de rencontre continue à me mettre de bonne humeur. Et puis… ce quart d’heure passé à discuter a suffit pour qu’ils me conseillent de passer à côté du Lac Louise lorsque j’aurais enfin l’occasion de faire ma traversée des Amériques.

J’embarque dans le train bien en avance. Je profite alors d’une de ces banquettes libres pour m’allonger. Il faut dire que cette réunion m’a bien sortie de mon rythme de sommeil habituel. Je ne m’endors pas tout de suite : je n’ai les paupières qu’à moitié closes, et je prends plaisir à regarder s’installer les autres passagers dans le wagon.

Le train finit par démarrer et, chose rare, son léger cahot sur les rails m’endort assez vite, la tête sur ma sacoche en cuir.

Je me réveille une courte minute et, sur la banquette en face, se trouve une fille allongée exactement de la même manière que moi. Elle a juste la tête cachée derrière son propre petit sac à dos. Je souris intérieurement de me voir en ce féminin miroir, et je me rendors presque aussitôt.

« – Oui, Simone ? Oui, je suis dans le train là. Non. Non, je vais à Grenoble. »

Je me réveille, et tourne la tête pour savoir d’où vient cette voix forte. Une femme d’une soixantaine d’année crie dans son portable en milieu du wagon. Mon regard croise celui de quelques personnes autour de cette dernière. Je n’en vois pas un irrité. Au contraire, cela fait plutôt rire les gens autour d’elle. Certes, elle est chiante, mais les détails de son inintéressante discussion qui tourne en boucle à un côté ridicule qui ne peut guère prêter qu’à sourire.

Vu mon humeur, de toute façon, je ne peux qu’en rire. Et à mon petit rire répond celui de « la fille d’en face ». Elle s’est relevée, et s’est assise. Je peux maintenant voir qu’elle est jolie. Très.

« – Simone doit être sourde », commence-t-elle à m’embarquer dans une discussion, avant que je n’ai moi-même trouvé comment je pourrais faire un peu plus connaissance, et continuer à la voir sourire. Et la discussion s’enchaîne assez aisément. Je ne la résumerais pas ici : en plus d’être long, ce serait aborder des détails personnels qui ne dépendent pas que de moi.

Et Grenoble arrive. Trop vite à mon goût. Elle reste dans le train : nos chemins s’écartent. Comme toujours pour ces rencontres éphémères, je lui souhaite une bonne vie et du courage pour ce qui l’attend à la sortie de son train. Je charge mon sac, et m’engouffre dans la gare.

Tout d’un coup, un doute s’insinue dans mon esprit : « Tiens, j’aurais vraiment aimé garder contact avec elle. Et… n’avait-elle pas l’air d’hésiter et d’attendre quelque-chose, pendant que je lui faisais mes souhaits ? Mon numéro de téléphone. Merde, aucun de nous deux n’a celui de l’autre ! Re-merde ! Je ne connais même pas son prénom ».

Je rage, je peste : pour une fois que j’aurais souhaité prolonger vraiment un contact de ce genre, je ne m’en suis pas donné les moyens. Quel con, mais putain quel con je suis !

Et cette envie me taraude suffisamment pour que je lance un avis de recherche sur mon blog.

Si vous connaissez une fille d’une petite vingtaine d’année, blonde, ayant passé le week-end du 22 et 23 mai à Aix-les-Bains pour ensuite partir à Valence, et suivant des cours de kinésithérapeute[1] à Grenoble, faites moi signe !

Je n’ai pas grand-chose, mais si quelqu’un pouvait me trouver le nom et/ou les coordonnées de la donzelle, en plus de ma reconnaissance plus qu’éternelle, je lui offrirais bien un large coup à boire.

Je crois qu’une mésaventure comme ça, c’est ce qu’on peut appeler un accident de train.

Accident de train à la gare Montparnasse en 1895

Notes

[1] Oui, parce-qu’entre autres qualités, elle a très probablement celle de bien masser : pour une fois que je serais en position d’en profiter plutôt qu’en prodiguer !

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Par dessus les toits, au travers des fenêtres | Commentaires : 3

Je pensais garder ça pour moi, et puis… Tchu m’a donné envie de raconter.

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Pas d'erreur | Commentaires : 2

À quelques jours près, ça va maintenant faire trois ans que j’ai craqué pour une fille pour qui je n’aurais pas du. Et si j’ai parfois des fucking regrets sur certaines choses qui ont suivi, ceci je ne le regrette pas.

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À une inconnue | Commentaires : 0

J’ai peu du prince charmant :
Je ne pense pas avoir le charme, et…
Je suis certain de ne pas avoir l’argent.

Mais je suis sûr d’avoir au moins ces envies :
Celle de croiser de nouvelles personnes, et…
Pour un café dépenser mon peu de grisbi.

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(Imbert Imbert)² | Commentaires : 1

Photographie d'Imbert Imbert

Oui, encore Imbert Imbert. J'suis chiant, hein ?

Comme je l'avais dit dans un précédent billet, j'ai gagné deux places pour un des concerts d'Imbert Imbert dans une grande petite salle de spectacle : Les Trois Baudets (aussi appelée BBB par ses intimes).

Premier petit plaisir : Offrir ma seconde place à Siestacorta, et le croiser enfin en chair et en os, après plus d'un an de discussions numériques plus ou moins rapprochées. Nous avons fait connaissance simultanément sur deux forums n'ayant rien à voir a priori entre eux. Cette rencontre m'a permis de confirmer ce que je pressentais : on a une sensibilité au monde très similaire. Et c'est cool de se sentir ainsi moins seul.

Deuxième petit plaisir : Constater que la salle de concert sus-citée se trouve… à cinquante mètres du Moulin Rouge.

Troisième petit plaisir : Se pointer au guichet sans une thune en poche, demander les billets, et les recevoir quand-même, avec un petit « 0 » écrit à côté du prix, tandis que d'autres payent 15€ pour rentrer.

Quatrième petit plaisir : Se poser au deuxième rang, juste en face de la scène, au milieu d'un public très restreint : une cinquantaine de personnes . Il y aurait eu moyen de s'asseoir au premier rang, mais il aurait fallu basculer la tête en arrière pour voir la scène, et ça aurait été moins confortable).

Cinquième petit plaisir : Découvrir un nouveau décor encore mieux foutu que celui du précédent spectacle, toujours oscillant entre l'obscurité de la salle, et un blanc métallique teinté de rouge. Une cage de pointes enchevêtrées est sur scène. Imbert Imbert chante d'ailleurs deux de ses titres, qui seraient déjà oppressants sans ça à l'intérieur même de celle-ci. Plus tard dans le spectacle, une autre structure tournoyante et aux lumières changeantes est placée à l'intérieur de la cage, reproduisant ainsi un peu la grande boîte métallique trouée du décor précédent.

Sixième petit plaisir : Sembler être une des deux seules personnes de la salle à connaître les paroles de ses chansons.

Septième petit plaisir : Entendre pour la première fois deux titres tous nouveaux. J'ai oublié comment s'appelait le second, mais le premier à un nom très imbert-imberien : « Belle comme une pute ». Je trépigne déjà d'impatience de pouvoir le réécouter.

Huitième petit plaisir : Faire de « Tout fout l'camp » ma nouvelle chanson préférée pour les semaines à venir. Il faut dire que cette chanson a déjà un sacré passif, car elle a été écrite en 1937 par Raymond Asso et d'abord chantée par Damia. Elle été reprise par la suite par des chanteuses comme Édith Piaf et Juliette.

En fait, cette chanson me touche tellement et me fouraille si profondément les tripes et la sensibilité, que celle-ci aussi je la fait partager. J'espère qu'elle plaira à d'autres autant qu'elle m'a plu à moi.

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Hors d'eau ? Ben non, pas encore | Commentaires : 0

Dessin d'agriculteur débordé par la paperasse

Bon… Voilà quelques mois que je commence à me donner de sérieux coups de pieds aux culs pour me remettre à avancer un peu sérieusement et pour évacuer quelques boulets derrière moi (mon exploitation apicole), que j'élabore des projets à plus ou moins long terme (camp, logement et voyages), et que je tente de combler le trou de mon compte en banque (intérim et animation, mes amours)…

Et j'ai aujourd'hui l'impression que plus j'en fait, et plus il y en a à faire, comme si les choses se liguaient pour me faire rester au fond de ma caverne.

C'est tout simplement désespérant.

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Fragments amoureux #1 | Commentaires : 0

« Jeune fille en équilibre au soleil couchant », par LaurenV.

Aurianne : Je peux te faire des tresses de fille ?

Benjamin : Vas-y, je ne suis pas à ça prêt. Et si tu as du mascara, tu peux aussi m'en mettre : ce ne sera pas la première fois.

Aurianne : Ha bon ? Qui t'en a déjà mis ?

Benjamin : Lucile, il y a deux ou trois semaines.

Aurianne : Quoi ? Je savais que vous étiez ensemble il y a deux ans. Même que je me souviens qu'elle s'amusait à t'arracher les poils des jambes. Mais vous êtes habitez ensemble, maintenant ?

Benjamin : Heu… Non. Pas du tout.

Aurianne : Ha, mais vous êtes toujours ensemble sinon, ou pas ?

Benjamin : Heu… Je ne sais pas. En fait, je ne suis même plus sûr de ce que ça veut dire, « être ensemble ».

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Dans mes mains | Commentaires : 1

Onze heu­res du soir.

La route natio­nale, que je longe si impru­dem­ment de nuit, est déserte. Les nua­ges et la neige de la jour­née ont poussé leurs mol­les ardeurs ailleurs. Je n’aper­çois que quel­ques étoi­les. Même la Lune a oublié de venir. Dans l’obs­cu­rité, mes pas sui­vent une lon­gue ligne fine, floue et un peu boueuse. Je suis juste sur cette limite entre le blanc vio­lent de la neige et le noir pro­fond de ce pas­sage de gou­dron qui la découpe.

Il n’y a pas de vent. Pas encore. Seuls deux cou­rants d’air m’attei­gnent : celui, frais, que pro­vo­que mon avan­cée rapide dans la nuit, con­tre mon visage et mes jam­bes, et celui régu­lier et tiède de mon souf­fle, qui vient réchauf­fer ma bou­che.

J’arrive aux pre­miers lam­pa­dai­res qui bor­dent la ville. Une tou­che lumi­neuse de jaune vient enri­chir ma bichro­mie. J’ai pres­que l’impres­sion que cette lumière me réchauffe. Je baisse néan­moins la tête pour ne pas me sen­tir ébloui, et je reste ainsi pour tenir mon nez plus au chaud dans le col de mon man­teau. Je garde mes pas rapi­des. J’ai beau être main­te­nant en cen­tre-ville, aucun véhi­cule n’est venu me sor­tir de ma mar­che oua­tée au milieu de mes con­tras­tes.

Minuit.

Lors­que j’arrive enfin chez moi, mes mains sont tou­jours à peine entrou­ver­tes dans mes poches. J’ai peine à me résou­dre à les en sor­tir pour ouvrir ma porte. Je n’ai pas envie de per­dre ce qui traîne encore au creux de mes pau­mes : le froid léger de tes pieds et la dureté de tes ongles dans ma main droite, et la douce cha­leur des cour­bes de tes cuis­ses et de ton ven­tre dans ma main gau­che.

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Mioum | Commentaires : 1

Photographie d'un lampadaire sous la neige Du froid
D’anciens émois
De la neige
Des sou­ve­nirs pris dans la drège
La lumière des lam­pa­dai­res
Un chat dans une théière
Un bon repas
Dehors, quel­ques pas.

Et Coline, avec qui il est bon de dis­cu­ter.
Dis­cu­ter vrai­ment, après si long­temps.

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Le Woodstock de la soupe | Commentaires : 2

Affiche de la fête de la soupe de Florac, édition 2009 Se lever au petit matin avec une forme inhabituelle.

Faire de l'auto-stop en compagnie d'une jolie fille.

Regarder la lumière du matin dans les couleurs des feuilles d'automne.

Encore une fois, croiser des personnes vers qui on ne prendrait pas la peine d'aller sans ça.

À la gare, retrouver une autre jolie fille qui fait battre mon cœur, frissonner ma peau, et parfois raidir un peu de mon anatomie.

Traverser à pieds une ville moche, avec une allure bohème.

Sentir encore une journée chaude en ce presque début d'hiver, et se mettre en T-shirt.

Faire de l'auto-stop avec deux jolies filles.

Regarder la lumière de l'après-midi dans les couleurs des feuilles d'automne.

Faire venir un type bien pour nous tirer d'une petite galère auto-stopique sur les trente derniers kilomètres.

Se sentir bien accueilli dans une vieille maison cévenole plus ou moins retapée.

S'installer dans deux lits deux places, dans un atelier avec tous ses outils.

À l'horizontale, avoir une certaine fille dans les bras pour la première fois depuis neuf mois.

Se sentir indispensable pour lui réchauffer le nez avec mes lèvres, tandis qu'elle s'endort.

Se réveiller le matin avec un bout de cafard coincé entre deux bribes de rêve, et le faire disparaître en rapprochant un peu deux corps.

Faire une petite balade dans les bois, ramasser des châtaignes souvenir, et jeter des poignées de glands en l'air.

Aller ensemble chercher une troisième jolie fille tout juste arrivée en train pour nous rejoindre.

Écouter un groupe de folles chantantes à l'arrière de la camionnette.

Découvrir une nouvelle boisson : la kombucha.

Atterrir à Grizac deux heures avant le coucher du soleil, et y installer une table face à un magnifique paysage de crépuscule automnal.

Y découper des kilos de courges et de pommes de terre pour un concours de soupe, avec un petit groupe d'inconnus qui ne le sont bientôt plus.

Boire encore de la kombucha, les doigts rougis par le jus des courges.

Songer, mais pas plus, à mettre des champignons hallucinogènes dans la soupe.

Sentir des mains froides se glisser sous mes vêtements pour se réchauffer.

Regarder ma mie se balancer sur le trapèze suspendu au tilleul, au dessus de nous.

Le soleil couché, sur la route, dans une voiture sans chauffage, se réchauffer les pieds contre la soupière.

Avoir faim en regardant des vacanciers manger des quantités de saucisses et de viandes en tous genres.

Boire de la soupe au pain d'épice et au bleu des causses.

Prendre un chocolat chaud dans un mauvais bar, à côté de gars trop braillards.

Rentrer dormir en conduisant la voiture de notre hôte, sec de s'être trop humecté le gosier.

Tenter de nous faire la lecture, mais nous endormir après cinq pages.

Le lendemain, marcher quelques kilomètres pour rejoindre un bord de nationale ou faire de l'auto-stop.

Jouer à nous faire deviner à qui on pense.

Faire de l'auto-stop avec trois jolies filles.

Regarder la lumière du midi dans les couleurs des feuilles d'automne.

S'asseoir à l'arrière d'une camionnette aménagée, et en refermer un placard à chaque virage.

Se balader dans les rues de la ville.

Photographie de la source du Pêcher, Florac

S'asseoir au haut d'un muret, et regarder la fanfare défiler à nos pieds.

Regarder une troupe de théâtre de rue nous interpréter avec brio « La noce », d'Anton Tchekov.

Voir le trio d'allumées du ciboulot qui m'accompagne s'enthousiasmer sur un type en habit de marin qu'elles sont ensuite incapables de reconnaître dans la foule.

Regarder juste un instant les gens qui passent.

Avoir le cœur qui se serre un petit peu, puis repartir.

Rencontrer par hasard des éclaireurs et des louveteaux dont je m'occupe, à plus de deux-cent kilomètres de chez nous.

Entendre leur père dire qu'il n'a jamais vu une telle concentration de baba-cools depuis plus de vingt ans.

Se dire que ce festival a en effet un peu des airs de Woodstock de la soupe.

Regarder la quinzaine de stands du concours de soupe, folklorisés de manières très diverses : la soupe des galères, la soupe d'italie, plus belle la soupe, la trash soupe, la soupe des farfadets (miam), la soupe de Brennus, etc.

Tenter de goûter un maximum de ces soupes, en trouver certaines bonnes et d'autres moins.

Tenter de ne pas renverser de soupe dans le chahut de la foule.

Prendre un peu de distance avec mes compagnes de virée en les laissant se retrouver entre elles dans une créperie.

S'asseoir sur une buche à côté d'un brasero au milieu de la place.

Décortiquer et faire cuire des châtaignes en compagnie de nouveaux inconnus, discuter avec eux.

Offrir ces châtaignes aux passants, qu'ils en demandent ou pas.

Terminer de se remplir l'estomac à grands renforts de pain, de saucisson et de cancoillote.

Continuer à discuter de la terre qui doit appartenir à ceux qui l'exploitent.

Écouter les filles qui m'accompagnent tergiverser sur une demande en mariage commune à un parfait inconnu.

Finalement, apporter à leur place cette demande de mariage à l'heureux élu, et l'échanger contre une cigarette pour l'une d'entre elle.

Rentrer dormir en conduisant la voiture de notre hôtesse, trop fatiguée d'avoir trop travaillé.

Se réveiller une fois de plus avec un rayon de soleil tombant droit sur les lits.

Faire de nouveau de l'auto-stop avec trois jolies filles.

Regarder la lumière du matin dans les couleurs des feuilles d'automne.

Les écouter parler art, littérature, et coût de la vie à Londres avec notre conductrice.

Arriver en ville trop tard, et constater qu'il n'y a plus de pain dans aucune des boulangeries.

S'agacer un peu en faisant les courses.

Regarder la ville en train d'être nettoyée et rangée de la fête de la veille.

S'asseoir sur les marches de l'ancienne prison pour pique-niquer tranquillement dans l'air fraîchissant.

Piquer des affiches et des panneaux du festival de la soupe.

Marcher sur la petite route qui mène au village où nous couchons.

Donner à ma muse le rôle du capitaine Haddock.

Regarder encore les forêts cévenoles en automne.

Pḧotographie des Cévennes en automne

Aller ramasser quelques kilos de châtaignes.

Se faire masser.

Masser en s'écoutant lire la lettre de Franz Kafka à son père.

Regarder les filles préparer un fondant au chocolat et à la châtaigne, en continuant à écouter la lecture de Kafka.

Manger ce fondant.

Se coucher tôt, après une nouvelle lecture de Kafka.

Le lendemain, repartir en auto-stop à quatre.

Se faire brinqueballer à l'arrière d'une camionnette sans siège.

Se séparer en deux groupes à la gare.

Se faire ramasser par quatre artistes de cirque italiens.

Baragouiner un peu un italien rouillé, et vérifier à quel point je connais encore mes verbes irréguliers.

Arriver trois heures plus tôt que si le trajet avait été fait en train.

Arriver le soir, et sentir malgré tout l'absence de fatigue de ces quatre journées.


Si j'en oublie, rappelez-le moi. :)

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Auto-stop : jolie série | Commentaires : 0

[Je recopie ici l'histoire d'un trajet en auto-stop effectué au printemps dernier]

Jeudi, la semaine dernière, je quitte Paris pour revenir sur Gap. Évidemment, vu l'état de mes finances, j'ai encore prévu de faire le trajet en auto-stop.

Ça commençait pourtant très mal.

Je quitte le XVème arrondissement vers 10H.

Je prends le métro jusqu'à Porte d'Italie. De là, je dois marcher une heure et demi pour arriver jusqu'à la première entrée d'autoroute avec un peu de place pour que les voitures s'arrêtent en sécurité.

Photographie d'une autoroute autour de Paris le matin

J'attends trois premiers quart d'heure, avant qu'une polonaise qui sort de ses examens de médecine finaux en chirurgie ne me ramasse.

Il est déjà midi passé.

Elle est très sympathique, mais aussi visiblement très fatiguée : elle a révisé toute la nuit, évidemment.
Elle m'avance d'une vingtaine de kilomètres, mais la fatigue aidant, elle s'emmêle un peu les pinceaux dans la toile compliquée du périphérique parisien, et fait plusieurs allez-retour pour tenter de me trouver un endroit pas trop pourri pour que je tende le pouce.
Finalement, on en trouve un après lui avoir fait faire un détour supplémentaire : je ne lui en demandait pas tant, mais elle a insisté.

Il est déjà presque une heure.

Sur ma nouvelle aire d'autoroute, j'attends encore une bonne demi-heure. C'est un temps d'attente encore normal. Un type finit par me ramasser. Lui connaît mieux la route, et s'il ne m'avance que d'une quinzaine de kilmètres, il prend soin de me déposer à une station service prisée par les routiers longue-distance.
Je fais le tour des camions, et demande aux chauffeurs qui ne font pas la sieste s'ils partent vers Lyon ou Grenoble. C'est non partout. Bon, tant pis. Je vais me poster à la sortie de la station service, qui a le mérite d'être commune avec celle d'un service de restauration rapide bien connu pour exploiter ses employés.
Cette fois-ci, j'attends encore une demi-heure sur place.

Il est une heure et demi quand un homme d'une cinquantaine d'années me ramasse. Il ne va pas très loin, mais il a déjà fait du stop sur ce trajet. Aussi, il me dépose sur une grosse aire d'autoroute très fréquentée.

Deux heures moins le quart.

Je traverse l'aire d'autoroute pour me caler à la sortie. Je regarde un peu à droite et à gauche, et à l'autre extrémité de la station essence, je vois un type lui aussi équipé d'un gros sac, assis dans l'herbe à pique-niquer. Il me fait signe. Je vais le rejoindre.

Petites présentations rapide.

– Salut… Benjamin.
– *Mioum* Chalut. Gabriel.
– Tiens, à l'accent, tu es québecois, non ?
– Ouip. »

Du coup, je sors mon sandwich, mes madeleines, et mon jus de fruit tiède, et je casse la croute rapidement en sa compagnie. En deux mots, j'apprends qu'il est arrivé en avion ce matin-même, et qu'il part rejoindre sa copine française à Grenoble, où il a fait ses études pendant un an. On part en même temps sitôt la bouffe finie. On se prépare à l'avance deux cartons chacun : un avec « Grenoble », et l'autre avec « Lyon ».

Deux heures.

Comme cette aire d'autoroute a deux sorties distinctes, l'une pour les voitures et l'autre pour les poids-lourds, on en choisit chacun une pour optimiser nos chances, tout en nous disant que si c'était possible, on s'inviterait réciproquement dans le premier véhicule qui voudrait bien nous prendre.
Nous n'avons pas attendu deux minutes qu'un semi-remorque s'arrête, et nous embarque tous les deux. « Le routier type », sympa et à l'humour un peu gras. Je m'assois à la place du passager, tandis que Gabriel s'allonge sur la couchette arrière, à l'abri de la visibilité des gendarmes. Comme il n'a pas dormi de la nuit, il se met assez vite à pioncer. Moi, je discute un peu avec notre chauffeur. Il me permet d'écouter un peu l'émission de Brigitte Lahaie sur RMC. Je ne suis pas fan de cette émission, mais l'invitée du jour c'est Françoise Simpère avec qui j'ai mangé deux jours plus tôt, et qui vient parler de polyamour.
On parcoure ainsi environ deux-cent kilomètres d'une seule traite, en environ deux heures.
Finis les sauts de puce. Ou presque.

Il est environ quatre heures de l'après-midi.

Notre chauffeur nous dépose à une sortie, juste avant une autre grande aire d'autoroute. Il nous suggère de nous y faire porter par la première voiture venue, puis d'y retendre le pouce.
Ce que nous faisons aussitôt. Quelques poids-lourds passent devant nous, mais aucun ne s'arrête : il faut dire qu'il y a un poste de gendarmerie juste en face. Mais là encore, nous attendons moins d'une minute, pour que quelqu'un nous fasse faire les cinq kilomètres qui nous manquent jusqu'à l'aire.

Panneau de signalisation « Auto-stop interdit »À peine sortons-nous de la voiture qu'un jeune type nous interpelle, et nous demande si on veut qu'il nous prenne jusqu'à Lyon. Il s'excuse même de ne pas nous avoir pris à la précédente entrée d'autoroute, à cause des gendarmes en face bien sûr : lui aussi conduit un semi-remorque.

Cette fois-ci, c'est moi qui profite de la couchette arrière, sans toutefois réussir à pioncer. De nouveau, on tape la discussion avec notre chauffeur, un peu plus vivement cette fois. Gabriel est parfaitement éveillé, et on discute pas mal musique. De temps en temps, le conducteur nous fait remarquer les coins remarquables du paysage de cette route qu'il fait tous les jours. Le courant passe bien, peut-être parce-que nous avons tous les trois vingt-cinq ans, à un an près.

Six heures et demi, et quelques gouttes de pluie.

Nous arrivons au nord de Lyon. On s'arrange avec notre chauffeur pour qu'il nous dépose sur une nouvelle aire d'autoroute en direction de Grenoble. Coup de bol fantastique. Du très rarement vu.
Tandis que nous descendons du camion nos sacs et nos pancartes, une voiture s'arrête à côté de nous. Un femme d'une quarantaine d'année en sort en premier côté conducteur, puis un autre jeune d'une vingtaine d'années. Ce dernier ouvre la portière arrière, et en sort… un sac à dos aussi bien rempli que celui de Gabriel et le mien, et sa pancarte à lui.
Un petit éclat de rire des deux côtés, tant de la part des conducteurs que de celle des « hitchhikers », comme le dit mon québecois.

– Ha ! Vous aussi !
– Et vous, vous allez où ?
– Centre de Lyon.
– Ho. Nous, on va vers Grenoble.

Et là, même pas besoin d'arrêter de nouvelles voitures : l'échange s'est fait tout-seul dans l'instant. Gabriel et moi sommes monté dans la petite voiture, tandis que le dernier auto-stoppeur se hissait dans la cabine du camion.

Et c'est ainsi que nous sommes arrivé à Grenoble aux alentours de vingt heures.

Je vous épargne le calcul.
Pour faire plus de six-cent bornes en stop à deux, et en étant passé par quatre véhicules différents, nous avons attendu sur le bord de la route un total de temps inférieur à cinq minutes.

Et pour complèter le tout, comme il était un peu tard pour moi pour faire le trajet restant de Grenoble à Gap, mon quebécois m'a invité à passer la nuit avec ses amis grenoblois, à la cité universitaire du Rabo.
J'ai beau ne pas aimer Grenoble, ville trop grise et trop grande à mon goût… je dois dire que j'ai particulièrement aimé cette soirée qui est presque devenu une nuit blanche : les pieds dans l'herbe fraîche, cent mètres à la verticale de la ville, juste en dessous du funiculaire, à chanter la moitié du répertoire des Cowboys Fringants.

Et de cette soirée, je retire aussi deux numéros de téléphone au Québec de personnes prêtes à m'accueillir un peu si j'y mets les pieds un jour, chose prévue depuis déjà quelques temps.

Ha, et petit bonus amusant, j'ai appris par un de ses amis que Gabriel est le fils de Passe-Montagne, de l'émission québecoise star « Passe-Partout ».

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Tarzan et moi | Commentaires : 0

Au printemps dernier, je suis passé à Paris. Oui le péquenot que je suis est monté à la capitale, ville bien trop grande pour m'être supportable plus d'une semaine. Et c'était bien.

Pendant mon séjour, j'ai tourné un peu à droite et à gauche, à faire tout ce que me permettait mon tout petit budget. Mes pas m'ont ainsi menés de la tour Eiffel au musée du quai Branly où, Ô joie, plusieurs expositions étaient gratuites pour les moins de vingt-six ans. C'est le genre de chose dont il faut que je profite : ça ne va plus durer.

Exposition temporaire : Tarzan !

Je fais mon petit tour du musée en prenant bien mon temps. D'ailleurs, je trouve ce musée trop sombre, peu vivant, un peu glauque même… Il est aménagé de manière intéressante, mais cette obscurité fatigue la vue et l'esprit. Tant pis.
À la limite, les jardins tropicaux du musée se prêtent plus à se sentir proche de Tarzan que l'exposition qui lui est consacrée à l'intérieur du musée. D'ailleurs, ils ont bien dû s'en rendre compte, puisque ces jardins ont été sonorisés avec des bruits de jungle.

Je sors mon appareil, et prends quelques photo des gens qui passent… Un couple d'une soixantaine d'année s'embrasse comme s'ils étaient encore adolescents.

Quand je me fais alpaguer par deux personnes que je n'avais pas vus, cachés derrière une grande tente. Ils organisent un concours de cri de Tarzan pour le compte de je ne sais quelle chaîne de télévision. Je ne suis pas pressé, je n'espère pas gagner, mais cela m'amuse. Je me mets face à la caméra, et crie un grand coup, assez fort pour me surprendre moi-même.

Je me barre, et puis j'oublie, un peu déçu d'avoir oublié de me détacher les cheveux devant la caméra, mais content d'avoir fait sursauter quelques personnes dans les jardins.

Aujourd'hui, alors que je ne pensais même plus à cette petite histoire, je reçois un courrier. Bon, comme je m'y attendais, je n'ai pas reçu le premier prix, un voyage en Afrique, par contre j'ai reçu un des prix de consolation : un double DVD de films de Tarzan des années 30 : « Tarzan, l'homme singe », et « Tarzan s'évade », ainsi qu'un fascicule de soixante pages sur l'histoire de Tarzan au cours du siècle (d'une valeur de huit euros dans le commerce !).

Je suis quand-même un peu dépité que ce cri dans un musée n'ai pas été une pure perte de temps.

Dessin de Tarzan

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Hu ? | Commentaires : 0

L'autre jour, j'ai fait de l'auto-stop. Oui : encore !

Je me fais ramasser par deux types d'origine algérienne d'une quarantaine d'année. Grosse voiture. Tous les deux sont très bien sapés. J'apprends que l'un des deux est avocat à Gap, tandis que l'autre est le président d'une association d'insertion.

Ils discutent tous les deux entre eux. Je me sens un peu exclu.

À un moment, l'avocat me dit :

– Heureusement que tu es un petit blond qui présente bien. Si tu avais été un arabe, je ne t'aurais pas ramassé.

Je n'ai pas su quoi répondre.

Pouce d'auto-stoppeur

En fait, plus tard j'ai compris le fin mot de l'histoire. Les flics lui posent toujours plus de problème quand… son fils d'une vingtaine d'année est avec lui dans la voiture.

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Un prétexte, vite ! | Commentaires : 0

L'autre jour, j'ai trouvé je ne sais où une photographie qui m'a bien plue. J'aurais pu la placer là, comme ça, et puis rien d'autre, mais ça aurait été beaucoup trop léger à mon goût. Du coup, il a fallu que je trouve quelque-chose à raconter comme prétexte pour la montrer. Et ça tombe à point : j'ai encore un peu de matière sous les doigts et dans l'esprit qui s'y prête bien.

Portrait de Lucile Bienvenu

Lucile : Tu savais que les proportions du corps des poupées Barbies ont été calculée pour être celles les plus désirables par les hommes ?[1]

Portrait de Benjamin Lannoy

Benjamin : Dommage que tu n'étais pas encore née à l'époque : ils auraient pu se contenter de te copier, et le résultat aurait été plus réussi.

Oui, je sais : c'était facile.

Et c'est sur ces mots que nous sommes engagés sur le chemin qui mène au bloc erratique qui se trouve à quelques centaines de mètres au dessus de chez moi. Bras dessus bras dessous quand le chemin se fait assez large, et l'un derrière l'autre quand il se fait plus étroit. Des petits bouts de nos vies parsèment tranquillement nos lèvres vers les oreilles attentives de l'autre. Il fait encore bon dans les bois, en ce début de soirée. Cette soirée d'un automne qui nous arrive froid et droit dessus. Et ferait-il même froid que je crois que nous ne le sentirions pas. Il y a juste entre nous cette douce chaleur de simple affection, dont nous connaissons la solidité pour l'avoir violemment mise à l'épreuve, tour à tour, avec nos bêtises respectives.

Pas après pas, feuille foulée après terre foulée, mot après mot, nous arrivons au sommet de cette coline qui surplombe la ville, et d'où nos regards peuvent embrasser la vallée sur des dizaines de kilomètres. Le soleil commence à se faire rose et rasant, tirant droit vers nous depuis la montagne de Charance, tandis que nous sortons d'entre les derniers arbres.

Nous nous asseyons dans les hautes herbes jaunissantes, encore chaudes de la journée écoulée. Elle croise les jambes. Je m'allonge, et pose ma tête en travers d'une de ses cuisses. Nos mots se sont peu à peu tarits d'eux-même. Que faire ? Elle ouvre son sac, et en sort un livre. C'est celui que je lui ai offert pour son anniversaire. Un exemplaire de « Ce qui trouble Lola », de Françoise Simpère, qui a pris la peine de me le dédicacer par courrier pour l'occasion[2].

De la littérature érotique à se lire au côté d'un bloc erratique : après-tout, que trouver de mieux ? Et nos esprits errent ainsi au rythme des souvenirs partagés, à côté de cette pierre immense qui n'erre plus depuis longtemps. Et qui se fout de nous.

J'ai droit à la sage lecture de deux historiettes, avant que le soleil ne finisse de se cacher derrière la montagne. Le vent forcit. Le froid tombe. Il est temps de nous en aller.

La prochaine fois, ce sera moi qui lui ferais la lecture. J'entamerais le chapitre suivant des « Aveux infidèles », de Jacques de Bourbon Busset. Un livre certes sans érotisme mais providentiellement tombé du ciel, et au moins aussi bien dédicacé sur un petit post-it jaune que je garde précieusement.

Photographie d'un couple nu qui s'embrasse

Notes

[1] Vérification faite, c'est inexact, mais peu importe.

[2] J'ai un peu mangé en sa compagnie à Paris, quelques semaines après.

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Encore un ! | Commentaires : 0

En mars l'année dernière, avec ma jolie chieuse favorite, nous sommes allés nous balader dans le Dévoluy en raquettes. L'objectif : passer la nuit dans la cabane de berger voisine du chourum Camarguier.

En montant, on se demande si on préférerait qu'il y ai du monde en plus de nous, ou bien si on préférerait n'y être qu'à deux pour profiter du temps tranquillement ensemble, ainsi que de nos lectures réciproques. On finit par conclure que les deux nous procureraient juste des joies différentes.

Finalement, nous nous retrouvons en compagnie d'un petit groupe de mecs d'une trentaine d'année venus se faire une belle randonnée à skis.
Tout se passe réellement bien. On échange bouffe et blague dans une ambiance très chaleureuse. Nous profitons d'autant plus de cette chaleur qu'un vent chargé de grains de neige biens dur souffle très fort en rafale au dehors.

Je prépare des tartines grillées aux tomates séchées et au fromage de chèvre fondu pour tout le monde.
L'un de la joyeuse équipée en face - que les autres surnomment Bioman - me propose de me vendre sa paire de skis de randonnée quand je manifeste mon envie de m'y mettre depuis longtemps.

Le lendemain, nous échangeons nos numéros.

Depuis, aucun de nous n'a eu de nouvelles des autres. C'est un peu classique et pas bien grave.

Hier, je regarde les montagnes, et je me dis qu'il serait bien de rappeler Bioman pour lui embarquer cette paire de skis : l'hiver approche. Mais je n'en fais rien. J'ai encore le temps.

Aujourd'hui, j'ai encore fait de l'auto-stop entre Grenoble et Gap.
A la Mure, je me fais ramasser par un type qui me dit qu'il ne peut me prendre que jusqu'à Saint Laurent en Beaumont. Ca ne m'avance que de dix kilomètres, mais c'est toujours ça de pris. J'accepte.

Discussion un peu rapide au cours de laquelle je dis que j'étais apiculteur. Il tourne la tête, fronce les sourcils un instant et me demande :

Dis, tu ne serais pas monté à une cabane dans le Dévoluy l'année dernière ?

C'était évidemment Bioman, que le hasard m'afait rencontrer de nouveau. Au bon moment.

C'est bien d'être un cocu éthique.

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Les hasards de l'auto-stop | Commentaires : 0

Un nouvelle petite anecdote autostopique…

Début juillet, je reviens à Gap depuis Valence à la suite d'un petit entretien d'embauche. Je me retrouve ainsi à faire de l'auto-stop au niveau de Crest. J'attends ainsi depuis dix minutes quand une fille à peu près de mon âge se fait déposer à mon niveau par un automobiliste. Évidemment, elle aussi fait de l'auto-stop. C'est ainsi que, dix minutes après, nous sommes parti dans la même voiture en direction de Die. On discute un peu. J'apprends sur elle qu'elle revient de Lille, où elle a fait ses études pour être sage-femme. Là, elle revient voir sa famille qui habite du côté de Die. Ils avaient un élevage de chèvres angora en bio'.
On se sépare à Die, ou je continue ma route vers Gap.

Les choses auraient pu s'arrêter là.

Dimanche dernier, je fais le trajet Gap - Grenoble en passant par la Mure.

Premier petit hasard : je me fais ramasser de Gap à Saint Bonnet en Champsaur par un jeune type qui va y encadrer une formation BAFA. Dix minutes après m'être fait déposer à Saint Bonnet, une voiture s'arrête devant moi pour me prendre… et déposer un autre auto-stoppeur dont j'apprends qu'il vient comme stagiaire sur le même stage BAFA.

Le second hasard est plus important. Je me retrouve donc embarqué à Saint Bonnet par une femme d'une cinquantaine d'années qui peut m'emmener jusqu'à Grenoble. Comme toujours, il y a la petite conversation habituelle, toujours un peu sur le même modèle…

– Bla bla… Mes enfants aussi font souvent de l'auto-stop… Bla bla… Oui, je suis bergère et je reviens d'un alpage… Bla bla… J'ai une fille qui habite dans le Nord, pas loin de ta famille, apparement… Bla bla… J'habite dans le diois… Bla bla… J'ai eu un élevage de chèvre et j'ai aussi dû rembourser la DJA… Bla bla… Une de mes filles est sage-femme. Oui, c'est bien celle qui était sur Lille.
– Stop ! Votre fille ne s'appellerait pas Noémie par hasard ?
– Si. Pourquoi ?
– On a fait de l'auto-stop ensemble il y a deux mois.

Le hasard fait des choses fantastiques. C'est mieux que de gagner au loto.

Comme le disait cette italienne qui m'a ramassé en auto-stop le lendemain :

Meglio essere fortunato che ricco.

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